Raymond Aron
Raymond Aron fut l'un de ces esprits rares que l'Histoire ne saurait intimider, que l'idéologie ne saurait capturer, et dont la rigueur intellectuelle ne céda jamais aux tentations faciles de l'air du temps. Philosophe, sociologue, politologue, historien et journaliste, il incarne, tout au long du XXe siècle, l'image du penseur libre, toujours attentif à la réalité et fidèle à une certaine conception de la vérité.
Né dans une famille bourgeoise éclairée, il entre à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, où il croise les chemins de Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir (vingtième division) et Paul Nizan, avec lesquels il partage une fraternité intellectuelle. Mais déjà, son tempérament se distingue : là où d'autres se laissaient séduire par l'absolu et la révolte, Aron choisit la clarté du jugement, la complexité des choses humaines, et la prudence de la raison. Lorsque la guerre éclate, il refuse la résignation. Il se rend à Londres, s'engage dans les Forces françaises libres, et prête sa plume à la revue La France Libre. À la Libération, il retourne à Paris, participe brièvement à la fondation de Les Temps modernes aux côtés de Sartre, puis collabore avec Albert Camus au journal Combat. Mais très vite, des désaccords surgissent : la passion idéologique des uns heurte son exigence de lucidité. Il quitte Les Temps modernes et rejoint Le Figaro, où il deviendra une voix majeure pendant plus de trois décennies, avant de poursuivre son engagement à L'Express jusqu'à sa mort en 1983. Dans les années 1950, alors que l'intelligentsia française se laissait enivrer par les mirages révolutionnaires, Aron tint tête, presque seul. Son essai L'Opium des intellectuels (1955) fut une gifle élégante adressée à l'aveuglement de ses contemporains. Dans cet ouvrage, il dénonce la fascination stérile pour les totalitarismes rouges, le pacifisme béat, et l'hostilité envers la démocratie libérale. Libéral, atlantiste, modéré mais combatif, il fut critiqué tant à gauche qu'à droite. Homme du " juste milieu ", non par tiédeur, mais par exigence, il refuse de sacrifier la complexité des enjeux au profit de slogans réducteurs.
Spectateur engagé - ainsi qu'il se qualifia lui-même -, il n'hésite pas à appeler de ses vœux la fin de l'Algérie française et s'oppose fermement, dès 1966, à l'antiaméricanisme du général de Gaulle.
Informations
- Nom : Raymond Aron
- Naissance : 14 mars 1905, Paris
- Décès : 17 octobre 1983, Paris
- Profession : Philosophe, journaliste, écrivain
- Division : 24